Pour ma part être artiste c'est être anti-conformiste, contre l'uniformisation. Ce n'est pas être de gauche, ni de droite, c'est Etre au travers du désordre plus qu'au travers de l'ordre, c'est d'une certaine manière être contre le pouvoir.
La proposition d'une élection à la fonction de Ministre de la Culture, avec de telles conditions, est marquée d'anti-conformisme. Mais vous devez savoir que ce poste n'offre pas les "pouvoirs" d'un vrai ministre, son avènement est une sorte de spasme dans l'actualité suisse, sauf pour ceux que la question de la culture et de l'art semble intéresser.
Cette proposition, qui existe depuis deux ans, est apparue comme une excroissance soudaine. Elle exprime la volonté - légitime - d'artistes suisses à signifier à l'état de leur existence.Ainsi, "être Ministre" de la Culture serait l'expression artistique de manifester les faiblesses des situations des artistes, plus qu'une expression de pouvoir.
Mon action-performance de candidature est alors une proposition dite "idiote" - au sens de "différent"( Jean-Yves JOUANNAIS ) : par la dérision, elle est proche de la sagesse. La proposition de ce mandat à une pluralité de candidats, et le fait de m'engager, sont des propositions "idiotes" - 'Patactivistes - qui mettent de facto à l'épreuve tous les systèmes démocratiques actuels. Ces actes, allons plus loin, posent la question de la réalité de la démocratie et de son existence -ou non - au sein de nos sociétés...
A) Selon Annah ARENDT, on prétend souvent que le consentement accordé à la constitution, implique le consentement aux lois votées, du fait que dans un système représentatif le peuple a participé à leur élaboration. " Un tel consentement est à mon sens totalement fictif " : le gouvernement représentatif connaît une double crise : 1° Il n'a jamais mis en place - réellement - toutes les institutions qui pouvaient permettre une participation effective des citoyens. 2° Il a la tendance toujours plus grande de ne représenter que leurs appareils.
Avec une telle proposition de candidature, je cherche à démontrer l'absurdité de la conception commune de nos démocraties non participatives, et que cette réalité se manifeste comme une pure convention.
B) Comme le précise Jean-Yves JOUANNAIS, s'inviter dans les élections, en tant que 'Pataphysicien - et dans mon cas 'Patactiviste - c'est "faire apparaître" qu'il y a, au contraire, une infinité de mondes possibles et envisageables et que nous devons considérer ces univers dans leurs totalités.
" L'art c'est d'abord où tu es et ce que tu fais " (Robert FILLIOU). Je fais campagne dans mon salon ! Cela relève du médiocre ré-inventé qui tente de sortir de sa norme instituée. Ainsi je pose cette question : Un artiste-plasticien français, chômeur, dans son salon, peut-il devenir Ministre de la Culture en Suisse ?
C'est, évidemment, une "faute de goût revendiquée, sur un dénuement artistique qui peut faire poindre un trouble. Né très en contrebas des attentes et des poncifs culturels, il pourra monter d'autant plus haut et, s'il arrive à surprendre, ira jusqu'à ravir et convaincre" (Jean-Yves JOUANNAIS).
C'est en quelque sorte un "devenir-minoritaire : devenir en même temps le fou ; l'enfant ; l'animal" (Gilles DELEUZE), ou bien encore faire le deuil de l'intelligence : être " Bête comme un peintre " (Marcel DUCHAMP).
Mon expérience doit sonner à vos oreilles comme un jeu de possibles au sein d'un champ d'expériences... Seul l'énergie de l'acte de penser est en cause : se serait comme créer une "cellule de bricolage"...
C) "L'artiste ne sait rien faire et le faire savoir" proposait Paul ARDENNE, parlant d'artistes contextuels adeptes d'une désubstentialisation du mythe de l'art d'élite et du "savoir-faire". Cette condition revendiquée de l'artiste repose sur l'expression d'un refus de la société telle qu'elle est, sur le constat d'une imperfection ou d'une perfectibilité de celle-ci, en conséquence sur le voeu implicite d'une réforme dont l'art peut être l'un des vecteurs efficaces.
Avec ma candidature j'expérimente une action en contexte. Celle-ci, comme disait Georges BACHELAR s'exécute avec une "dynamique du contre", avec une résistance matérielle ( chômeur sans droit), une résistance communicationnelle ( je ne parle pas l'allemand ), et une résistance institutionnelle ( je ne suis pas Suisse), ce qui conditionne une réception hostile à mon oeuvre.
De l'ordre contextuel, mon action est un engagement qui laisse la part de décision à l'Autre, au public, devenu collaborateur, il devient l'actionneur dont j'ai déjà parlé.Certains d'entre nous veulent sortir d'un monde uniformisé par le pouvoir, pour créer un monde de manifestations, lui-même situé en dehors d'une dialectique organisée, c'est ce que mon action-performance propose...
"L'art n'est qu'un moyen pour rendre la vie plus intéressante que l'art." ( Robert FILLIOU )
Vous êtes alors tous invités à voter - à ne pas voter - pour moi. En ce sens, cet art "participatif", qui n'est pas forcément réfractaire, se détermine néanmoins le plus souvent comme une attaque en règle de la société civile réelle et de ses appareils de pouvoirs.
John CAGE, rappelait Pierre BOURDIEU, disait : " Pourquoi faites-vous de la musique ? Pour empêcher les autres d'en faire ".

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