
LE 'PATACTIVISME, L'ACTIONNEUR (au travers du « faire apparaître »)
L'artiste « fait apparaître ». De tout temps, quel que soit son art, son médium ou son sujet, il fait apparaître une image, un son, un sentiment, une réflexion, une image du pouvoir, de la violence, de l'amour...
De la 'Pataphysique :
L'artiste est un « 'Pataphysicien ». La 'Pataphysique fut inventée par Alfred Jarry en 1897 quand il écrivit UBU Roi. Elle est la « science des solutions imaginaires, qui accorde symboliquement aux linéaments les propriétés des objets décrits par leur virtualités. »
Les linéaments se définissent comme les contours des objets ou d'un graphique.
L'artiste est-il autre chose qu'un chercheur qui, au travers de linéaments veut faire apparaître ? Reprenant la définition de Jarry je dirais que l'art, s'il n'est pas une science, propose néanmoins la recherche de solutions imaginaires, que de ces recherches découle une virtualité matérialisée.
De nombreux artistes ont repris les théories de Jarry. De dada aux surréalistes cette étude a pour but le recherche de l'essence même de l'art et de sa fonctionnalité en tant que matière (poétique ?) de l'homme, à mon sens : « faire apparaître ».
De l'activisme :
Les activistes sont héritiers de nombreuses luttes sociales et politiques ; leur engagement pourrait être qualifié d'anarchiste ou de gauchiste mais la plupart d'entre eux estiment n'appartenir à aucune catégorie. Ils prônent le ici et maintenant, ils disent «Résister c'est créer». Ils militent pour l'action. Ils sont situationnistes et ont un rapport ambigu aux médias. Ils se veulent imprévisibles, pragmatiques et intraitables.
L'activisme peut être vue comme une nouvelle forme de résistance voire d'insurrection. Certains activistes suivent le précepte : «Penser global, agir local». En réalité, ils ne se centrent sur aucun principe, aucune unité si ce n'est l'association temporaire autour d'un objectif.
Les activistes revendiquent le droit à fonctionner autrement (de manière alternative) et agissent dans cet objectif. Ils vivent la politique, et souhaitent créer une nouvelle conscience démocratique.
Du 'Patactivisme :
Dès lors je propose de lier « ontologiquement » ces deux notions qui au sens de l'art peuvent donner une nouvelle voie de recherches et d'actions.
'Patactivismes : Grâce aux linéaments, il s'agit de rechercher des solutions imaginaires et alternatives qui proposent par la résistance et l'insurrection de fonctionner autrement, pour une nouvelle conscience démocratique.
Le 'Patactivisme fait émerger une nouvelle dimension de l'artiste et du spectateur. Il ne plus y avoir de place, de distinction, de strate entre les différents acteurs de l'art. De cela se constitue une nouvelle manière d'appréhender l'Autre, cet Autre nécessaire...
De ces nouvelles solutions nous abolirons la Loi de Puissance de l'Homme sur l'Homme, pour lui préférer une énergie de l'Homme pour l'Homme.
De l'actionneur :
Actionneur : Agent ou dispositif qui agit sur le fonctionnement d'une machine ou d'un système.
Le spectateur devient un agent pensant de l'acte artistique.
L'individu – que j'appelle dans ce cas « actionneur » – n'est plus un spectateur, ni plus un « regardeur » au sens duchampien. Il n'est pas non plus un acteur, puisqu'il agit en sa qualité d'individu, et que sa prise de décision est la sienne, non conditionnée par un scénario pré-écrit. Il devient seul détenteur de l'acte qui va lui être proposé.
L'actionneur est alors partie intégrante de l'action, sa relation à l'acte se matérialisant au moment où il prend une décision quand à « l'objet de connexion ».
L'actionneur est un agent qui se substitue à l'artiste, qui ne devient quant à lui qu'un intermédiaire, que celui qui « fait apparaître », et qui préfère l'échange à la passivité de l'individu.
Selon Duchamp en effet, « la signification d'une oeuvre ne réside non pas dans son origine, mais dans sa destination. Le spectateur doit naître au dépend du peintre. » De spectateur il devint regardeur – celui qui fait le tableau – pour finalement devenir actionneur, celui qui jugera de la destination à donner à l'oeuvre.
L'actionneur peut être conscient ou non de sa fonction, cela importe peut. Ce qui constitue son statut est l'inscription même de sa fonctionnalité d'être pensant et décidant. C'est un moment où l'artiste reconnaît qu'il peut et doit créer par interaction, le « faire apparaître » ne pouvant se constituer qu'en réception.
Cette réception interactive – positive ou négative – est le fondement de son acte de création.
Je travaille principalement avec des médiums tel que la performance ou l'installation, la photo et parfois la vidéo. Mon approche plastique s'abreuve du contact avec le public, sans pour autant être forcément « participatif ». Il s'agit au contraire de faire s'interroger les spectateurs dans un espace connu ou inconnu qui a été modifié, pour qu'ils soient en contact avec des problématiques dont ils sont tous les témoins dans leur vie de tous les jours.
Un de mes thèmes est de « rendre visible » l'uniformisation de l'humain par nos sociétés occidentales ; ou encore, comment nos Etats, médias et autres industries de production et de commerce agissent sur l'individu pour le forger à une image de citoyen-consommateur docile, propret et « morale »...
Etre en campagne
En ce sens, la proposition d'Heinrich Gartentor d'ouvrir le mandat de Ministre de la Culture à des étrangers me permet de poindre du doigt, au travers d'une action-performance de candidature, les standards d'une campagne en vue d'élection, standards qui se répètent et forment une sorte de tradition communicationnelle et en définitive, idéologique.
N'étant pas Suisse, dès le départ de cette aventure j'ai bien senti que mon rôle ne serait pas de faire une campagne dans le sens où nous l'entendons habituellement, mais bien de me nourrir des méthodes et des artefacts qui inondent nos sens lors des longues périodes de pugilats électoraux.
En ce sens, j'ai tout de suite installé mon « bureau de campagne » dans mon salon et, plutôt que de faire un travail de terrain, j'ai décidé de m'inviter dans la campagne à partir de Strasbourg, au travers de mon blog - « tendance internet » oblige - et de mener cette action à coup de « slogans » et « d'idées fortes ».
Mon idée en tant qu'action-performance est alors de plonger directement dans le burlesque, sans prendre de précautions, ni de retenues, de proposer une vision « idiote » d'une campagne, au sens de « nouveau », du « particulier »...
En somme, si je me suis attaché à proposer des idées, à créer des affiches, des tee-shirts, des flyers et autres tracts numérotés, si j'ai sollicité le plus de monde possible pour mettre en avant ma candidature, si, enfin, j'en ai référé aux différentes administrations et autres journaux français, il s'agit bien pour moi de m'inscrire dans toute la logique d'une vraie campagne de « dénonciation de campagne ».
Mes propositions sont saugrenues, irréalisables ou burlesques, elles ne le sont pas plus que celles faites - contre toute logique - par les « vrais » politiques de tout poil. Mes affiches reprennent certains slogans, certaines postures, certaines couleurs. Mes tracts sont dignes des meilleurs graphistes politisés (!). Le tout est réalisé avec le minimum d'investissement monétaire...
En Suisse
L'exposition en Suisse au travers de « QG de Campagne » me permet de mettre en avant une tout autre dimension. En effet fin 2006, le Parlement Suisse a voté les lois les plus dures au monde en matière d'immigration. Dès lors, ouvrir la candidature pour le poste de Ministre de la Culture Suisse aux simples possédants d'une carte suisse de circulation ferroviaire m'a presque « obligé » à me constituer candidat.
Si la proposition de l'actuel ministre n'est (peut-être) pas innocente en soi, elle est symboliquement forte. En effet, qu'y a-t-il de plus important pour une nation et un peuple déterminé que sa propre culture ? Elle est constitutive des individus qui la compose et marque au travers d'une Histoire, son identité, son évolution.
Mais une culture ne doit et ne peut être « fermée ». Une culture se défend mais évolue et pour évoluer doit se frotter aux autres, se mélanger, s'intégrer, comme intégrer la différence. Toute culture - fut-elle celle d'un peuple des plus reculé – est elle-même l'addition de plusieurs influences, de multiples différences.
Toute culture enfin, est égale à une autre. Il n'y pas de supériorité en matière de culture. Dès lors voter des lois draconiennes contre l'immigration signifie la « fermeture » pour certains peuples, comme l'enfermement pour le peuple « protégé ». Quel peuple, quel citoyen désire réellement être enfermer ?
En conclusion
L'ensemble de l'installation (fanions, affiches, tee-shirts,etc.) a pour vocation de recréer l'uniformisation du public et de « faire apparaître » l'idée de l'abandon de la lutte pour une différence et une liberté des choix. Le public sera, pour le coup, intégré à l'oeuvre et ce qu'il accepte ou pas son « uniformisation » : le « regardeur » devient « l'actionneur », de celui qui concrétise et fait fonctionner l'oeuvre.
C'est donc tout d'abord de l'extérieur que j'ai signifier ma candidature, pour enfin venir plaider de l'intérieur pour que la Suisse, les Suisses, sa culture,
continue à vouloir se partager et à s'ouvrir. Si Heinrich Gartentor a entâmer l'ouverture, a ouvert la brèche, je salue Wilfried von Gunten pour son accueil !
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