Ensemble de mes projets artistiques et des recherches effectuées au travers de mes résidences et de mes expériences.
En tant qu'artiste plasticien dit « engagé », je m'engage à la fois dans le propos – l'espace du message –, comme dans la nature de la création – médiums et moyens de diffusion.
Lors d'une contribution au travail d'affichage de l'artiste Patrick Mimran j'avais proposé la phrase suivante : « L'utopie est le seul véritable médium de l'artiste. » En ce sens je rejoins les réflexions de Frédéric Jameson, à savoir que l'utopie est et doit rester comme une capacité à penser le changement.
J'affirme toujours que la véritable fonction de l'artiste est de « faire apparaître », car selon Bergson, quelle que soit l'époque ou le sujet de son art, il porte à la connaissance du regardeur, « les êtres et les choses qui nous échappent toutes les fois qu'il n'est pas matériellement utile de les apercevoir ».
« Faire apparaître » dans un monde où l'apparition spectaculaire est un des moteurs du pouvoir de l'homme sur l'homme n'est alors pas chose aisée. D'autant plus que le système économique a une faculté d'ingestion gargantuesque et intarissable.
Pourtant, nous tenant aux fondamentaux, c'est à dire en pensant à l'oeuvre et à sa destinale autant qu'à son contenu, on peut arriver à faire émerger un art radical, perturbateur, qui engage à la réflexion. C'est en ce sens naviguer en marge, pour tenter, comme dirait Naom Chomsky, de donner aux spectateurs des cours d'auto-défense intellectuel.
Car là est bien une des finalités de l'art engagé : nous donner à voir l'oppression, l'uniformisation, l'égoïsme individualiste ou ce fameux pouvoir de l'homme sur l'homme autrement que par le prisme faussé et pseudo-démocratique du tout média.
En ce sens deux pistes de réflexion motive mon intérêt : L'art contemporain doit-il être accessible à tous pour justifier son existence ? Ne pourrait-on ré-étudier la notion d'unicité de l'oeuvre ?
En effet, admettons désormais que l'art contemporain, étant lui-même en marge, ne peut être forcément toujours accessible et n'est donc pas une arme pour « temps de cerveaux (passifs) disponibles ». Au contraire il peut être énigme esthétique, problème philosophique, vitrine psychologique ou code à déchiffrer et à replacer dans un cadre, bref, être un acte de pensée qui soulèvera – ou non – l'intérêt dans un temps de cerveau actif ! Là est déjà l'art engagé : un art qui parfois, pour être accessible, oblige à la réflexion. Pour beaucoup cette simple proposition est déjà indécente et élitiste (??).
Peut-on défendre la notion d'oeuvre unique ? Pour Annah Arendt l'oeuvre d'art se caractérise par son inutilité et donc sa « non-destruction », ainsi que comme marque du « monde durable ». Dans une société du paradoxe « tout-jetable/tout-recyclable », comme dans celle de la virtualité, l'oeuvre d'art peut avoir une place particulière et se désengager de la sphère classique de l'objet « à l'heure de sa reproductibilité », non plus comme icône ou comme investissement, mais bien comme marque d'un art engagé.
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